L’Arche Editeur vient de lancer une toute nouvelle publication de pièces de théâtre, Uppercut, accompagnée d’une analyse en profondeur de l’Å“uvre suivie du texte. Dans ce premier opus, Sandra Lucbert s’empare de Mademoiselle Julie de Strindberg afin de démontrer son objet politique, psychique et esthétique. Sous le faisceau de son microscope, elle dissèque ce chef d’oeuvre. Saluons l’originalité de ces nouvelles parutions qui font leurs entrées dans le monde littéraire et théâtral. 

Si l’on considère l’hystérie, sa définition première relève « une résistance inconsciente à un écrasement non formulé comme tel ». Sandra Lucbert rapporte que l’hystérie est un agencement psychique pris en réaction à l’assignation femme dans le patriarcat. En d’autres termes, il s’agit de souligner le traitement particulier de la femme faite objet. Dans le cas de Strindberg on détecte une structure psychique en relation avec l’aspect social de la société patriarcale. Lutter pour ne pas être discriminée. La femme mène un combat où l’homme du XIXe allume un contre-feux discriminant. La femme doit restée à sa place. Julie sera « piétinée » par Jean. A la différence de Zola, le naturalisme de Strindberg s’attache aux psychés et non aux institutions (Banque…) Il agira sur l’inconscient des êtres. Mais ce qui est le plus frappant est l’intériorisation des Autres, ce que l’on imagine que l’Autre désire et attend de lui. Il ne peut rien sans l’Autre. Il lui doit tout. Sinon la mort. Etre avec ou contre, telle est sa doxa. C’est ainsi que l’on retrouve Julie déniant cette place qu’on lui attribue. Pour lutter contre cette situation politique, elle utilise ses armes personnelles pour lutter contre la domination masculine. Brisant la chaine de classe et de genre, elle use de ses prérogatives d’aristocrate pour séduire Jean en dépit de son genre. Cette contradiction assoit la concrétisation d’un ordre social établi. C’est l’échec assuré et l’obscénité y est désignée renforçant le système. On ne bouleverse pas un ordre social de cette nature sans le réformer à la base. Comment désirée sans être ravalée au rang assigné par la société patriarcale ? Le contexte particulier de la Suède de Strindberg démontre une émergence des féministes sur ce terrain. Strindberg tourne la situation à son avantage en proposant Jean, un subalterne de classe. Mais Julie échoue car elle n’a pas de moi car tout est dicté de l’extérieur, de l’Aure. Les raisons de cet échec tiennent à une inégalité des rapports de genre et de classe. Le personnage de Julie marque l’absence de vue et d’effet politiques de Strindberg. La chute de Julie est la préfiguration d’une jouissance dans un lien social qui l’amenuise. A ce point de l’analyse, Sandra Lucbert désigne l’hystérie, comme moteur.

Strindberg voulait analyser l’affrontement entre le rapport de genre et de classe. Les formes traditionnelles du patriarcat sont combattues par de nouvelles forces bourgeoises et des ligues féministes. Et le duel voulu par Strindberg se joue à la lisière de ces deux rapports. Le contexte politique de la Suède de Strindberg concède une évolution favorable des moeurs où les rapports de genre et de classe ne sont plus figés. Jean rêve d’ascension sociale et Julie de chute. Il est le point fort dominant par genre et futur aspirant à une classe sociale rêvée. A revers des intentions premières de Strinberg, Mademoiselle Julie s’inscrit comme une pièce politique. Une pièce créée pour une classe bourgeoise avide d’une espérance sociale et financière toujours plus prégnante.

Laurent Schteiner

 

 

L’Arche Editeur
L’Uppercut
ISBN : 9782381981048 – Parution : 2026 – 144 pages

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