Théâtre : « Téléphone moi » de Jean-Christophe Dollé
Téléphone-moi de Jean-Christophe Dollé, est actuellement à l’affiche du Théâtre Saint-Georges. À la croisée de l’intime et de la grande Histoire, ce spectacle original explore ce qui relie les êtres humains : la communication, ses possibles et ses failles. Sur scène, trois cabines téléphoniques aux conceptions différentes incarnent trois époques distinctes. À partir de cette scénographie évocatrice, Jean-Christophe Dollé tisse une dramaturgie haletante, dont les fils se nouent et les enjeux se révèlent progressivement, au gré d’un récit qui tient le spectateur en éveil.
Avec Téléphone-moi, Jean-Christophe Dollé fait du téléphone bien plus qu’un outil de communication : il en fait le témoin des silences, des secrets et des blessures qui traversent une famille. Les générations se succèdent, les drames s’accumulent, les mots se dérobent. Alors on s’invente des histoires, on travestit la vérité, on s’accroche à l’imaginaire pour tenir à distance l’insupportable. Derrière les non-dits, pourtant, persiste un amour maladroit, incapable de se formuler, mais jamais tout à fait éteint.
Trois cabines téléphoniques, trois époques : le dispositif scénique enferme d’abord les personnages dans des univers clos, comme autant de prisons intérieures. Puis les frontières se fissurent. Le réel vacille, les temporalités se mêlent et le récit bascule dans les méandres d’une mémoire familiale où les vivants côtoient les morts. Ce qui semblait relever de l’histoire individuelle prend alors une dimension vertigineuse : nous sommes tous les héritiers de ceux qui nous ont précédés, de leurs blessures comme de leurs secrets.
Mais la tragédie n’a pas le dernier mot. Au cœur même du malheur surgissent des éclats de vie, des instants de joie fragile, comme cet apéritif improvisé sur un trottoir, le 10 mai 1981, tandis que la foule célèbre la victoire de François Mitterrand. En faisant ainsi dialoguer les destins privés avec les soubresauts de l’Histoire, le spectacle rappelle combien nos existences sont traversées par une mémoire collective qui les dépasse.
L’humour et l’autodérision viennent alors desserrer l’étau, non pour effacer la douleur, mais pour lui opposer une forme de résistance. Les êtres disparus, eux, continuent de circuler parmi les vivants, à travers une chanson, un vêtement ou un objet, signes discrets d’une présence qui refuse de s’éteindre. Car on ne se défait jamais tout à fait de son histoire familiale : ses fantômes nous habitent, parfois nous entravent, mais ils peuvent aussi nous aider à comprendre ce qui nous lie et, enfin, à nous en libérer.
Saluons la mise en scène originale de Jean-Christophe Dollé et de Clotilde Morgiève qui on su nous captiver avec une intrigue palpitante en nous procurant un axe de réflexion sur le temps qui passe. Les comédiens interprètent magistralement cette proposition théâtrale permettant au spectateur de se replonger avec délice et nostalgie dans son passé.
Laurent Schteiner
« Téléphone moi » de Jean-Christophe Dollé
Mise en scène de Jean-Christophe Dollé et Clotilde Morgiève
Avec Stéphane Aubry – Henri et Sam, Solenn Denis – Léonore, Jean-Christophe Dollé – Léon et Louis, Clotilde Morgiève – Madeleine et Ella
- Scénographie et costumes Marie Hervé
- Lumières Nicolas Priouzeau
- Son Soizic Tietto
- Musique Jean-Christophe Dollé
- Plateau Simon Demeslay
- Couture Julia Brochier et Agathe Laemmel
- Perruques Julie Poulain
- Conseils magiques Arthur Chavaudret
- Copyright Stéphane Audran
Théâtre Saint-Georges
51 rue Saint-Georges – 75009
tel : 01 48 78 63 47
theatre-saint-georges.com
Les lundis à 20h, les mardis à 19h