Théâtre : « Nora, Nora, Nora » d’après Henrik Ibsen

par | 2 Mar 2024

Le théâtre de la Tempête nous propose actuellement un spectacle Nora, Nora, Nora d’Elsa Granat. Ce texte frondeur déconstruit avec régal l’oeuvre d’Ibsen, Une maison de poupée, inspirée de la vie de Laura Kieler en ajoutant un pendant iconoclaste et irrévérencieux. Ce spectacle, joliment interprété par de jeunes comédiens de l’ESAD, constitue une belle réussite. 

Le prisme burlesque et irrévérencieux s’affiche dès le début du spectacle où la stature même d’Ibsen est tournée en dérision. On l’aura compris, Elsa Granat joue avec les codes de cette célèbre pièce en apportant un pendant à cette histoire. Que sont devenus les 3 enfants que Nora a abandonnés ? Les voilà tous trois ébahis de constater que leur mère est toujours vivante et réside dans un Ehpad. Les ressentiments et la frustration s’entrechoquent à la découverte de cette mère retrouvée. Une mise en abime de cette histoire, incarnée par les enfants, met en scène la vie  de leurs parents Nora et Torvald. Cette mise en espace propulse en premier plan le poids d’une société patriarcale réduisant le rôle de la femme à peu de choses. L’histoire de Nora traduit une quête de l’émancipation féminine à travers cette liberté nouvellement retrouvée. A la façon des poupées russes, Elsa Granat nous concocte un spectacle où les enfants interagissent avec humour et décalage dans la transposition de la vie de leurs parents. A cet effet, dans un narratif endiablé adressé au public à la fois burlesque, chorégraphié  et profond,  Elsa Granat édifie un ensemble virevoltant et rythmé donnant naissance à un spectacle où la confusion des personnages observe une belle cohérence. Désacralisant le personnage de Nora, Elsa Granat apporte les réponses qui font défaut à ces 3 enfants en quête de réponse. La rencontre du récit d’Ibsen daté et de la pensée féministe liée au hashtag Metoo traduit l’évolution de la condition féminine qui s’étire à l’aune de cette frise chronologique. Et c’est dans cet état des lieux propice à une réflexion en profondeur que s’inscrit l’oeuvre truculente d’Elsa Granat.

Laurent Schteiner

« Nora, Nora, Nora » d’après Une Maison de Poupée d’Henrik Ibsen


Texte et mise en scène de Elsa Granat
Collaboration à la dramaturgie de Laura Grisinger

avec Maëlys Certenais, Antoine Chicaud, Hélène Clech, Victor Hugo Dos Santos Pereira, Niels Herzhaft, Chloé Hollandre, Juliette Launay, Anna Longvixay, Clémence Pillaud, Luc Roca, Lucile Roche, Clément-Amadou Sall, Juliette Smadja et deux actrices amatrices Gisèle Antheaume, Victoria Chabran

  • Assistanat à la mise en scène : Zelda Bourquin
  • Lumières : Vera Martins
  • Scénographie : Suzanne Barbaud
  • Son : Mathieu Barché
  • Régie générale et plateau : Quentin Maudet
  • Régie plateau et habillage : Sabrina Durbano
  • Approche chorégraphique de la tarentelle : Tulia Conte, Mattia Doto
  • Crédit Photos : ©Christophe Raynaud de Lage

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris
Locations : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr 

Jusqu’au 31 mars 2024 à 20h30  du mardi au samedi et le dimanche à 16h30

 

 

 

 

 

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