Théâtre : « Les glaces » de Rébecca Deraspe

par | 12 Juin 2026

Le Escher Theater au Luxembourg nous a proposé récemment, en avant première du Festival d’Avignon, une pièce glaçante, intense et profonde de Rébecca Deraspe, Les glaces, qui pose une problématique à laquelle notre société tente de faire face. Ce spectacle a remporté le prix Michel Tremblay 2023 qui récompense la meilleure oeuvre dramatique au Québec et le prix de la meilleure production aux Lëtzebuerger Bühnepräisser 2025 (Prix des arts de la scène luxembourgeois). Traditionnellement habituée à refouler ou enfuir la question du consentement, notre société est confrontée à une onde de choc  provoquée par la parole des femmes qui se délie. La fonte des glaces traduit cette prolixité salutaire qui se fait jour. Comment aider les victimes lorsque leur droit au consentement est bafoué ? Quelles réparations sont possibles ? 

Noémie apprend que son fils est accusé de viol. Son passé ressurgit et l’anéantit. Ayant été violé par deux amis d’enfance Sébastien et Vincent qui l’ont agressé, il y a 25 ans, Noémie rompt le silence. Cette action a valeur de séisme dans leurs vies. Chacun dispose d’une vie familiale et des responsabilités sociales. Cette révélation est susceptible de ruiner leur vie privée et publique respective.

On assiste à travers les confrontations, toute la singularité de propos hypocrites, dans le déni ou encore dans la désespérance. Les défenses maladroites avancées par ces deux hommes sont de nature à faire sourire tant elles sont empreintes d’une absence totale de remords. Prenant le silence de Noémie pour acquis et faisant fi de sa sidération, ils se sont persuadés qu’elle était consentante.

Vincent, depuis l’annonce de Noémie, ne vit plus. Marianne, sa femme l’a quitté. Il prend peu à peu conscience de son acte sans toutefois l’appréhender totalement. A contrario, Sébastien vit dans le déni. Tous deux implorent Noémie afin qu’elle revienne sur sa décision de tout révéler. Elle décrit les conséquences tragiques qui en ont découlées, qui ont détruit sa vie. La pauvreté des propos invoqués prêterait à sourire si la situation n’était pas dramatique. Car ils ont souillé à jamais son existence générant une souffrance de chaque instant.

On constate un enchevêtrement de responsabilités dont chacun s’empare. Le père de Vincent, usé et affaibli constate son échec à instiller des valeurs morales à son fils. Noémie ira au contact de cette jeune fille violée par son fils et en fera également l’amer constat d’un ratage complet. Devant un choix cornélien, Noémie fera acte de courage en prenant ses responsabilités. De deux maux, elle choisira de réparer le pire.

Devant le silence assourdissant de la société qui corsetait ce sujet, il est heureux qu’enfin la parole des femmes se libère. Le constat est criant. Désormais, il appartient d’inculquer dès le plus jeune âge, les valeurs morales dues au respect de la femme.

Saluons ces comédiennes et ces comédiens, tous excellents, qui nous ont plongés dans l’enfermement psychique de ces femmes maltraitées. Le sujet est relayé par une scénographie astucieuse et un jeu de lumières qui enlèvent avec brio le propos de la pièce. Sophie Langevin accomplit un travail remarquable de mise en scène en nous montrant l’indicible. Un spectacle qui a valeur d’électrochoc !

Laurent Schteiner

« Les glaces » de Rébecca Deraspe

Mise en scène de Sophie Langevin

Avec  Thomas Gourdy, Lydia Indjova, Francesco Mormino, Juliette Moro, Renelde Pierlot, Bryan Polach et Amandine Truffy

  • Création lumières Jef Metten
  • Assistant mise en scène, vidéo Jonathan Christoph
  • Création son Rozenn Lièvre, Pierrick Grobéty
  • Scénographie et costumes  Peggy Wurth
  • Copyright : Bohumil Kostohryz

Festival Off Avignon 
11. Avignon à 22h30 

 
 

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