Théâtre : « Electre des bas-fonds » de Simon Abkarian

par | 30 Juin 2022

Consacré par trois fois aux Molières 2020, Simon Abkarian nous propose une revisite contemporaine du mythe des Atrides à la sauce rock piquante. Simon Abkarian explore la part la plus intime de cette tragédie grecque en peuplant l’espace de femmes de toutes conditions mettant fin à un patriarcat de mise dans les pièces d’Euripide. 

L’enlèvement d’Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte par Pâris, prince troyen fut à l’origine d’une guerre entre ces deux peuples. La guerre remportée par les grecs cristallisa leur domination sur les troyens réduits à l’esclavage. Les femmes troyennes soumises furent déportées et prostituées. L’action se déroule dans un quartier pauvre d’Argos, dans ses bas-fonds. Electre vit parmi elles, rêvant d’assouvir sa soif de vengeance sur Clytemnestre, sa mère qui a assassiné son père Agamemnon, aidé en cela par Egisthe. Oreste, frère d’Electre, dévasté par la mort de son père, erre de ville en ville. Les prières d’Electre font revenir Oreste à Argos afin de devenir le bras armé de sa vengeance. Oreste revient déguisé en femme…

C’est donc une Electre singulière que nous offre à découvrir Simon Abkarian. Cette princesse, jadis respectée, est devenue une souillon vivant dans un bordel composé de troyennes capturées et prostituées. C’est au beau milieu de ces bas-fonds qu’Electre, animée par une haine sourde, conçoit sa vengeance. Simon Akbarian reprend à son compte cette histoire des Atrides sous le prisme de la petite histoire. Il choisit de s’intéresser aux vaincues qui nourrissent des fantasmes de vengeance. Le chemin emprunté de la noirceur à la lumière n’est jamais net et clair. Les nombreux visages qu’offre la vérité sont parfois déconcertants et inattendus. Le diable se cachant dans les replis de la vérité, Oreste en fera les frais…

Emmenée tambour battant par Simon Abkarian, cette pièce, aux chorégraphies orientales résonne par moment aux accents rock du trio talentueux Howlin’Jaws. La scénographie est composée d’un plateau recouvert d’un tapis de danse. Une armoire avec ses portes à glaces constitue la psyché d’où s’échappent nos démons et nos fantasmes. Par cette porte, la mort, omniprésente et virevoltante, sous les traits d’un Monsieur Loyal, habillé en costume de soirée, pose la dramaturgie de la pièce. Les traditionnels chœurs sont remplacés par des danseuses sacrées, des hommes de la maison royale ou encore par des prostituées. Dansant et chantant, celles-ci nous livrent leurs appréhensions, leurs craintes de vivre dans cette fange, ayant perdu tout espoir de retrouver leur vie passée. Saluons le travail minutieux apporté aux chorégraphies, qui, de concert avec l’interprétation des comédiens nous garantissent un spectacle d’une extrême qualité et haut en couleurs. Cette lecture cabaret pourvue d’humour, malgré le poids de la tragédie, est un véritable enchantement !

Électre : Je te tuerai j’en ai fait le serment.

 

Clytemnestre : À l’avenir, fais des serments qui soient à la hauteur de tes forces.

 

Égisthe : A-t-on déjà vu une chèvre terrasser une lionne ?

 

Électre : Ris, ris, quand mon frère viendra réclamer son dû,
Tu vas pleurer des larmes de sang.
Et ni toi ni ton mari Clytemnestre ne pourrez rien contre lui.
Oui c’est de toi que je parle, Égisthe la soumise.

Laurent Schteiner

Electre des bas-fonds de Simon Abkarian
Mise en scène de Simon Abkarian

avec Maral Abkarian (danseuse et comédienne), Chouchane Agoudjian (danseuse), Anaïs Ancel (comédienne et chanteuse), Chloé Astor, Victor Fradet, Laurent Clauwaert (acteur et régie en scène), Rafaela Jirkovsky, Aurore Fremont, Christina Galstian Agoudjian (danseuse), Maud Brethenoux (artiste chorégraphique, comédienne et chanteuse rock), Nathalie Le Boucher (danseuse de kathakali, comédienne et conteuse), Eliot Maurel (comédien, acrobate, danseur, musicien), Olivier Mansard, Nedjma Merahi (chhorégraphe et interprète), Manon Pelissier, Annie Rumani (danseuse contemporaine, danseuse de Kathakali et conteuse), Catherine Shaub (actrice et danseuse), Suzana Thomaz, Frédérique Voruz

  • Dramaturgie et collaboration artistique : Pierre Ziadé
  • assistant à la mise ne scène : Arman Saribekyan
  • Création lumière : Jean-Michel Bauer et Geoffroy Adragna
  • Création musicale : Howlin’Jaws avec Djivan Abkarian, Baptiste Léon, Lucas Humbert (basse, contrebasse, guitare électrique, acoustique, batterie, claviers, oud, timbales d’opéra, percussion indienne ou tchenda, mandoline, youkoulélé, saz, bandjo et djura grec.
  • Création collective des costumes sous le regard de Catherine Schaub Abkarian
  • Création décor : Simon Abkarian et Philippe Jasko
  • Chrographies : la troupe
  • Répétitrices : Nedjma Merahi, Christiba Galstian Agoudjian, Catherien Schaub Abkarian, Nathalie Le Boucher et Annie Rumani
  • Préparation physique : Nedjma Merahi, Annie Rumani, Maud Brethenoux, Nathalie Le Boucher
  • Préparation vocale : Rafaela Jirkovsky, 
  • Création régie et son : Ronan Mansard
  • Régie plateau : Philippe Jasko
  • Chef constructeur : Philippe Jasko avec l’aide de la troupe
  • Habilleuse : Micha Liebgott

Théâtre du soleil / La Cartoucherie
Route du champ de manœuvre
75012 Paris
Tel : 01 43 74 87 63
www.theatre-du-soleil.fr

Jusqu’au 15 juillet à 19h30 

 

 

crédit photo : ANTOINE-AGOUDJIAN

crédit photo : ANTOINE-AGOUDJIAN

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