Théâtre : « Casting Lear » de Andrea Jiménez d’après le Roi Lear de William Shakespeare
Le théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses nous a présenté un spectacle hors-normes dans une conception des plus originales, Casting Lear. Le titre contemporain ne laisse pas de doutes sur une adaptation du chef d’Å“uvre de Shakespeare, Le Roi Lear. Passionnée par cette Å“uvre, Andrea Jiménez, s’est investie totalement afin de trouver une piste, un écho conjugué à sa tragédie personnelle. La lecture de ce spectacle pourrait davantage s’accorder à une mise en perspective du Roi Lear avec la trajectoire d’Andrea Jiménez. Le roi Lear pourrait être un terrain de jeu ou un laboratoire lui permettant d’exhaler ses fantômes qui la hantent depuis toujours. Andrea Jiménez y puise une inspiration, une autre version de l’intime dans sa tragédie personnelle. Au cÅ“ur de son introspection, le pardon. Comment et pourquoi pardonne-t-on ? Jouant sur l’authenticité, elle provoque la sincérité dans les échanges. Catharsis ou pas, telle une funambule sur une crête émotionnelle, elle avance avec son pardon en bandoulière. De facto, Andrea Jiménez nous touche à l’extrême en posant une question qui touche à l’universalité.Â
Un dispositif scénique minimal rend hommage à Peter Brook qui estimait que le théâtre pouvait se dispenser de décor superflu. Le théâtre n’existe qu’à travers ses personnages. Sur scène Andrea Jiménez, débordant d’énergie, d’enthousiasme nous explique qu’il ne s’agit pas d’une adaptation classique du Roi Lear. Son investissement personnel dans cette pièce relève de ses multiples interrogations qui l’ont hantées toute sa vie. Son identification avec Cordelia qui aime son père au-delà des mots qu’elle juge dérisoires, crée un axe de rupture avec Lear. Andrea s’est trouvée dans la même situation avec un père businessman qui voyait en elle une continuité dans ses affaires. Son désir de devenir comédienne fut l’objet d’un reniement pur et simple de sa part. Sa comparaison avec Cordelia devenait évidente. S’interrogeant sur la force du pardon de Cordelia envers Lear, Andrea tente de comprendre comment la souffrance peut se muer en pardon. Comment Shakespeare a pu écrire cela ! Cela parait totalement incongru…
Chaque soir, Andrea Jiménez nous propose une personne différente, un candide, qui connait peu ou prou le roi Lear. Il devra néanmoins l’interpréter en suivant les instructions et le texte grâce à une oreillette reliée à un souffleur. C’est à ce moment que le spectateur entrevoit une idée absolument géniale de faire interpréter un tel personnage avec ses propres couleurs, avec son intensité personnelle. Une couleur qui change chaque soir. Hier, la qualité humaine et l’interprétation de Dorcy nous ont émues. Dans ce face à face authentique ou chacun se dévoile, se met à nu, il n’y a pas de place au jeu. Nous trouvons tous les ressorts de la vérité pure. Et la question du pardon se pose alors. La réponse vient du coeur. Pardonner pour ne pas être submergé par la colère ou la frustration. La tache est complexe mais cependant indispensable. Avancer pour demeurer vivant. L’amour mal perçu, mal vécu, mal compris peut générer des sorties de route fatales.
Ce spectacle drôle, émouvant et si profond est celui d’une rencontre. Il nous interroge sur notre capacité à pardonner et à sa difficulté de mise en oeuvre. Andrea Jiménez s’affirme comme une révélation apportant lumière et originalité renouvelant l’esprit du spectacle vivant.
Laurent Schteiner
« Casting Lear » de Andrea Jiménez d’après le Roi Lear de William Shakespeare
Traduction de Lise Belperron
 mise en scène de Andrea Jiménez et Ursula Martinez
Avec Andrea Jiménez, Mathieu Luro et un comédien invité différent à chaque représentation parmi Mathieu Amalric, Nicolas Bouchaud, Marcel Bozonnet, PAscal Gregory, Arthur Nauziciel, Laurent Poitrenaux, Pascal Rénéric et Dorcy Rugamba
- Dramaturgie Olga Iglesias
- Musique Lucas Ariel
- Construction du décor Brock
- Lumière et scénographie Judith Colomer
- Costumes Yaiza Pinillos
- Mouvement Inés Narvaez et Amaya GaleoteÂ
- Assistant mise en scène Oscar Martinez Gil
- copyright Sergio Parra
Théâtre de la ville – Théâtre des Abbesses
31 rue des Abbesses – 75018 Paris
Tel 01 42 74 22 77
theatredelville-paris.com
du 1Ã au 18 septembre 2026 Ã 20H