En aparté avec Rana Khoury, Elara Le Foch et Mélanie Bouexière

par | 14 Juil 2026

Le Coin de Lune nous propose actuellement un très beau spectacle Contractions de Mike Bartlett. Notre rédaction a voulu en savoir davantage. Rana Khoury, la metteuse en scène s’est prêtée à un entretien exclusif en compagnie de ses deux interprètes Mélanie Bouexière et Elara Le Floch. Ce projet est un sujet très actuel qui nous entraine dans l’univers impitoyable de l’entreprise où le management fait corps avec la manipulation ne connait plus de limites. Un spectacle qui surfe sur la réalité du harcèlement au sein des entreprises.
Découvrez cet aparté exceptionnel aux couleurs du Festival d’Avignon !

La naissance du projet ?

Rana Khoury_  ce projet et né très intuitivement il y a 2 ans. J’avais rencontré Mélanie et Lara au Cours Florent. Elles sont venues chez moi me dire qu’elles avaient trouvé une pièce magnifique. Je suis tombé d’accord avec elles. On a ressenti qu’il s’agissait d’un sujet qui nous touche profondément dans la dynamique du pouvoir. Ca remet en question le système dans lequel on vit aujourd’hui à l’échelle de l’entreprise, des relations humaines, de la politique. Un système qui concentre les individus. Hors de ce système, ils deviennent marginaux et n’existent plus. On a eu la chance de jouer à Avignon une première fois. Ce projet a évolué avec un monde qui évolue dans cette dynamique d’évolution, de manipulation culpabilisatrice.

Qu’est ce qui vous a séduit dans ce projet ?

R.K_ Tout d’abord, le texte qui est un pilier de cette pièce écrit par le britannique Mike Bartlett. C’est une texte incisif qui a beaucoup d’humour cynique qui traite de ces drames de vie. Cela permet de faire face à une réalité avec une arme, l’humour noir. C’est cela qui me touche. Enfin, la présence de ces 2 femmes  et leur dynamique va à l’encontre des clichés où le pouvoir est prégnant entre hommes ou entre hommes et femmes. Ces femmes ont du être remodelées par ce système. Cela parle beaucoup de la vie de la femme, de sa maternité, de couple… 

Lara Le floch_ Je joue le rôle d’Emma, elle a 25 ans. Elle rentre pour la première fois dans le monde de l’entreprise. Elle a enfin un CDI. Tout ce que demande nos parents. La sécurité est assurée. De cette femme qui va évoluer dans un univers absolument toxique face à une femme qui rentre dans ce système là. On va la voir dépérir. On va rentrer dans sa vie privée. Elle va essayer d’aller plus loin. Tout est plus fort qu’elle. L’espoir qu’elle a au début disparait. C’est tragique et en même temps c’est très drôle pour le spectateur. Il a envie de frapper la manageuse et moi de me protéger Il n’y a pas d’espoir. C’est ce tragique qui m’anime.

Mélanie Bouexière_ Je suis  la manageuse. Ce qui m’a plus est la situation au départ, des situations que l’on peut rencontrer au quotidien, des situations poussées à l’absurde. Elles restent malgré tout crédibles. On peut se dire « on peut aller jusqu’à là, aussi loin ?!« . Eh oui.

E.L.F_ Ce qui est intéressant dans cette pièce est qu’il s’agit d’un huis clos. Le spectateur va être à la fois le témoin et l’acteur mais il ne peut intervenir. Il ne peut rien faire avec la management toxique, avec les pervers narcissiques. Personne ne peut gérer cela. On est victime.

M.B _Etre témoin en fait de ces situations ne nous permet pas de posséder des outils.

Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle ?

M.B_ Je travaille dans le monde de l’entreprise. J’ai volé quelques petites choses à mes supérieurs et je suis mise à la place de cette manageuse qui, pour ses raisons propres, a besoin de demander telle out elle chose à Emma, son employée.

E.L.F_  Le mot juste est l’impuissance. On est dans un théâtre d’immersion, un huis clos qui glisse vers un anéantissement.

Avez-vous été confronté à des pervers narcissiques ?

M.B_ Oui dans le domaine du travail, dans le milieu amoureux. C’est insidieux et passif.

 
 R.K_ Ce qui très intéressant est que ce pouvoir nous force à faire un choix entre la stabilité et la liberté. Entre la sécurité et la liberté. Et ce n’est pas seulement dans le monde de l’entreprise. Par exemple, moi, je l’ai vécu dans une dictature. Le dictateur fait la même chose. « Si vous voulez que tout se passe bien, si vous voulez vivre normalement, manger, boire et dormir, il vous faut obéir ». Sinon si vous demandez la liberté, si vous faites la révolution ce sera le chaos. Il n’y aura plus de stabilité ni de sécurité et vous allez perdre beaucoup de choses. Ce choix est très pervers à faire. Avec le sourire, on vous assène qu’il s’agit de votre bien. Et c’est pour cela que nous sommes là. Vous serez en stabilité et en sécurité. Votre liberté, on s’en fout !

 

Share This