En aparté à Avignon avec Marion Claisse

par | 15 Juil 2026

Marion Claisse, à l’affiche du théâtre des Barriques, nous propose un seul en scène intimiste qui allie théâtre, standup et danse. Un parfait mélange pour partir à la découverte de son spectacle Pompon. Suivez- nous dans cet entretien passionnant et authentique de cette magnifique artiste.
Découvrez cet aparté exceptionnel aux couleurs du Festival d’Avignon !

La naissance du projet ?

Marion Claisse _ C’est l’histoire de Marion qui veut faire un spectacle drôle. Au moment de monter sur scène, elle va se questionner sur notamment sa légitimité. Elle va être bousculée par la petite fille qu’elle a été, par les voix de l’ado, et aussi de sa conscience. Elle va rencontrer d’autres personnages et peu à peu le spectacle va se réécrire à force d’échanger avec ses différentes occurrences pour parler des sujets dont elle veut vraiment parler. C’est un mélange théâtre, danse et standup. n parallèle de ma carrière de comédienne, j’ai fait beaucoup de standup. Un moment donné dans l’écriture, je me suis rendu compte que je me forçais à écrire des vannes pour faire rire – pas particulièrement faire rire les hommes sont nombreux dans les Comedy Club. Un jour, je me suis dit ce n’est pas ça que j’ai envie de raconter. J’ai envie de dire la vérité. J’ai repris toute cette matière. Je ne me suis rien interdit dans l’écriture. Je me suis dit après quelle forme ça prendra. C’est très protéiforme. Il s’agit d’un seul en scène avec plein de personnages. Cela mêle toutes les disciplines. Il y a une vraie scéno avec une esthétique assez forte et comique. Cela parle des injonctions qui pèsent sur nos corps. De ce qu’il faut traverser quand on est une femme. ce n’est pas un manifeste, c’est plus un point de vue, un récit qui parle de l’intime et qui normalement resonne chez tout le monde.

Comment vous est venue l’idée de créer ce spectacle ? 

M.C_ Je faisais beaucoup de standup et c’est un prof de théâtre, qui est un peu mon mentor qui m’a dit « tu n’es pas juste une humoriste, il faut que tu fasses autre chose. Tu es une tragédienne« . (Rires). Ca m’a vexé. Il a ajouté « autorises toi tout. Ne te mets pas de contraintes techniques et vois ce que ça donne« . Du coup, j’ai commencé à écrire. A ce moment, les autres personnages sont venus. Ce sont toutes ces voix qui dans ma tête venaient perturber ma création qui me jugeaient…Je me suis dit : « au lieu d’essayer de les faire taire, je vais les faire participer à ce processus-là. »

Cela les a fait taire ? 

M.C_ Je pense qu’en tout cas, elles se sont un peu réconciliées, (rires), d’une certaine manière. Le spectacle n’est pas du tout thérapeutique mais j’ai trouvé ça intéressant que dans la création je parle aussi de mes doutes. C’est un spectacle qui parle d’un parcours de femme mais cela parle aussi de ce que je veux faire de la scène. Et de comment arriver à dire les choses s’en se cacher, en assumant. Je n’ai plus envie de mentir, de faire des blagues, de me cacher. Même les choses qui ne sont pas forcément avouables pour montrer qu’il n’ay pas de problèmes à avoir des pensées problématiques. Il n’y a pas de problèmes à se questionner. Il n’y a pas de problèmes à douter. C’est ça qui nous fait grandir. Le spectacle parle du rapport au corps à l’adolescence, le corps qui change, les violences sexuelles, comment on les voit et comment on se répare. Egalement sur le rapport au poids, à la maternité. 

Pensez-vous que votre carrière d’humoriste était un écran ? 

M.C_ Oui, je pense que je me suis beaucoup caché derrière les blagues. Le choix d’essayer de faire rire était celui de plaire. Je me suis dit qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Je ne veux plus de ça. je veux parler avec des gens, leur raconter des histoires. Je me suis détaché de cette course à la blague. 

Etes-vous davantage en phase avec ce prof de théâtre qui voyait en vous une tragédienne ? 

M.C_ Oui. Je ne sais pas si je suis une tragédienne mais il m’a redonné confiance en moi. Je peux jouer dans tous les registres. Il y a des sujets que je traite par le corps, par la danse quand l’émotion est trop dure. Il y a des sujets dont je parle très sérieusement. Au début j’avais peur d’incarner autant de personnages sur scène. 

Les sujets que vous traitez dans ce spectacle sont-ils autobiographiques ?

M.C_ Oui ils sont autobiographiques. Et tout le travail avec la metteuse en scène a été de trouver la juste distance entre le récit intime et ce qu’on en fait et comment on l’illustre. C’est ce qu’on a réussi à faire. En effet, en sortant du spectacle, il y a toujours des femmes qui viennent me voir pour me dire que tel passage a resonné fortement en elles. Certaines femmes m’ont raconté leurs propres anecdotes comme s’il y avait une dimension libératrice pour elles. C’est précieux car c’est justement à cet endroit là qu’on voulait être.

 

Cela n’a pas été difficile d’écrire ?

M.C_ Non. Dans le spectacle, il y a des anciens textes de standup que j’ai réutilisés. Quand j’ai décidé d’arrêter le standup, j’ai passé un an dans cette douleur de dire ce que je voulais. Pendant 1 an je n’ai pas écrit. Je suis passé sur un autre projet. t au moment où j’étais prête, j’avais le titre en tête, la trame, cela a été très rapide. La première version a été peut-être trop verbeuse. On la retravaillé quand on l’a passé au plateau. On a transformé certains propos en personnage. On ajouté du rythme. On a enlevé certaines voix qui étaient trop difficiles à mettre au plateau. 

Et pourquoi la danse ?

M.C_ J’ai fait beaucoup de danse quand j’étais petite jusqu’à mes 16 ans où je me suis blessé. Je voulais être danseuse. Quand je suis devenue comédienne , cela a été un rapport assez douloureux pour revenir au mouvement et à la danse. J’ai décidé de m’y remettre car cela a été mon premier moyen d’expression dans mon enfance. A défaut d’être danseuse et techniquement parfaite, on est sur du mouvement qui est très organique. Cela varie d’un soir à l’autre. On a une trame mais cela part du ventre. 

Au vu de cette nouvelle expérience, vous diriez que le standup est fini ?

M.C_ C’est une très bonne question. Je ne sais pas mais je pense que ce n’est pas mon médium. Ca me coûte trop. Il y en a qui le font très bien. Moi j’ai trouvé une forme qui me convient plus. Je n’ai pas envie pour l’instant.

Peut-être parce que vous vous êtes réconciliée avec vous-même et que vous y avez trouvé une richesse inespérée ?

M.C_ Sans doute. Oui. Le Standup ne me manque pas. 

Pourquoi ce titre de Pompon ?

M.C_ C’est le surnom que me donnait mon grand-père quand j’étais petite. A cause des pompons sur les manèges. Vu que c’est un des personnages dans ce spectacle : la petite fille que j’étais. Elle est symbolisée par une peluche.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

M.C_ On a une création musicale originale. qui fait vraiment partie de la dramaturgie. Elle raconte une histoire parfois une histoire parallèle. Pour moi, il était impossible de faire l’impasse. On sait que sur la V2, on aura davantage d’univers sonore. Tout comme la scénographie qui raconte une autre histoire. C’est un seul en scène mais avec un univers. On a travaillé avec une scénographe qui nous a créé un univers de Pompon qui grandit. 

Ou allez-vous reprendre ce spectacle ?

M.C_ A Paris. On a 30 dates à la Manufacture des Abbesses. Du 23 aout au 28 octobre 2026. 

Propos recueillis par Laurent Schteiner.

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