Théâtre : « Si tu veux que je vive – Lucie et Alfred Dreyfus » d’après les écrits de Alfred & Lucie Dreyfus Séverine

par | 3 Mar 2026

Le Théâtre de l’Essaïon nous propose actuellement un beau spectacle où l’histoire se joint à l’intime, Si tu veux que je vive – Lucie et Alfred Dreyfus. Ce spectacle co-écrit par Alfred & Lucie Dreyfus Séverine nous fait pénétrer dans l’intimité du couple Dreyfus où la pugnacité de Lucie a permis à son époux Alfred de tenir bon pendant toute sa période d’emprisonnement. La mise en scène au plus près d’Eric Cenat,  nous présente le déroulé de la vie du couple Dreyfus, happé dans un tourbillon antisémite, créant une affaire sans précédent qui secouera la France pendant près de 12 ans. 

L’originalité de cette mise en scène réside dans la présentation des événements qui ont concouru à la déchéance et à l’emprisonnement de Dreyfus, par une journaliste également protagoniste de l’affaire. Assurant le narratif du propos, elle nous déroule factuellement la chronologie des évènements. Du mariage d’Alfred Dreyfus avec Lucie à sa dégradation, à son enfermement et sa déportation à l’île du Diable.

Cette affaire, qui débuta en 1894, divisa la France entre dreyfusards et anti-dreyfusards. La perte de l’Alsace – Lorraine  lors de la guerre franco-prussienne en 1870 avait exacerbé un sentiment nationaliste et antisémite. Dès lors, Dreyfus fut le parfait bouc émissaire dans une atmosphère délétère de suspicion.

La narration de cette journaliste suit pas à pas le couple pris dans les mailles de cette machination ourdie par le camp de l’antisémitisme, les anti-dreyfusards. A travers toutes les actions pour faire entendre l’innocence de son mari, Lucie va se jeter à corps perdu dans la bataille pour le défendre. Ses mobilisations auprès des intellectuels de cette époque porteront leurs fruits. Mais surtout son soutien inconditionnel épistolaire qu’elle déploie énergiquement pour maintenir la résilience d’Alfred. Il sera décisif lui permettant de tenir bon contre vents et marées. Ils verront la consécration de ses résultats dans sa relaxe. Mais un autre combat les attendra afin que sa réhabilitation soit finalement définitivement acté.

Il appartient de souligner le prisme intimiste dans lequel cette affaire nous apparait dans ce spectacle. Cet angle original diffuse une sensibilité exacerbée loin des traductions davantage factuelles traditionnellement observées et incarnées. Les comédiens interprètent à merveille cette tranche d’histoire capitale d’autant que les similitudes avec l’actualité actuelle sont criantes. Le retour de l’antisémitisme dans notre société distillée par certains rappelle l’acharnement dont Dreyfus fut la proie pendant ces noires années. Plus que jamais, l’antisémitisme demeure le marchepied du totalitarisme.

Laurent Schteiner

« Si tu veux que je vive – Lucie et Alfred Dreyfus » d’après les écrits de Alfred & Lucie Dreyfus Séverine

Mise en scène de Eric Cénat 

avec Joël Abadie, Lucile Chevalier et Claire Vidoni

  • Scénographie et costumes Charlotte Villermet
  • Création Lumières Vincent Mongourdin
  • Création sonore Christophe Séchet
  • Chorégraphie Jean- Pierre Poisson
  • Voix off Laurent Claret et Nicolette Bundy
  • Crédit photo :  Clémence Grenat

Théâtre de l’Essaïon
6 rue Pierre-au-lard
75004 Paris
Renseignements et réservations au 01 42 78 46 42
www.essaion.com

Jusqu’au 26 mars les mercredis et jeudis à 19h

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