Théâtre : « Si c’est un homme » de Primo Levi

par | 25 Jan 2026

Le théâtre de l’Essaïon nous donne à voir actuellement l’adaptation d’un monument de la littérature contemporaine, Si c’est un homme de Primo Levi dans une adaptation, une mise en scène et une interprétation de Gilbert Ponté. Primo Levi tire son oeuvre de sa vie passée au camp de déportation d’Auschwitz. Sa lutte pour survivre constitue un document de premier plan à valeur historique. Dans ce seul en scène, Gilbert Ponté transmet avec brio le cri que pousse Primo Levi dans cet opus bouleversant. Témoignage brûlant de l’accomplissement de l’horreur absolue, cette oeuvre nous foudroye par sa vérité.
 

La guerre s’est achevée et Primo Levi a retrouvé sa famille. Il a soif de vie et parle, parle à n’en plus finir. IL se soule de paroles. Mais des souvenirs reviennent, s’entrechoquent. La guerre est finie mais jamais pour ces miraculés de l’horreur. Ces souvenirs le hantent et le ramènent à ces moments où chaque instant pouvait basculer face au sadisme et l’ignominie des nazis.

Déporté d’un camp d’internement en Italie, Primo Levi découvre en Pologne le camp d’Auschwitz, une immense machine de mort. Les hommes et les femmes ainsi que leurs enfants sont immédiatement séparés. Couchés dans les baraquements à plusieurs par paillasse, les prisonniers devaient se méfier des vols et des dénonciations. Et les longues heures d’attente dans le froid pour un appel obsédant et sadique. La brutalité était le seul mode d’expression de leurs bourreaux. La soif et la faim le tenaillaient comme jamais avec le stress constant d’être pendu. La camp était entouré de barbelés électriques et de miradors ne donnant aucune possibilité de s’échapper. Les travaux ridicules et épuisants n’étaient dévolus qu’aux hommes les plus valides. Les plus faibles étaient tués. La liberté de penser était obérée par la fatigue et la volonté de survie. Les plus chétifs étaient gazés. Préalablement dépouillés de leurs dents et cheveux, ils étaient envoyés ensuite dans les fours crématoires. Et toujours cette musique mortifère accompagnant les prisonniers, sonnant comme un hiatus atroce. Il faudra attendre l’arrivée des russes pour libérer le camp. Les nazis ayant fui avec les plus valides pour les tuer ensuite dans la forêt.

Primo Levi nous livre un témoignage factuel bouleversant et empreint de pudeur où toute trace d’humanité a disparu. Ce document célèbre « le plus jamais cela » tant la barbarie est de mise dans cette guerre. Des générations entières, des familles décimées au nom d’une idéologie démente empreinte de racisme. Les mots sont trop faibles pour exprimer le ressenti, le dégoût et la rage qui nous animent à la lecture de cette oeuvre. Gilbert Ponté est magnifique, déroulant le fil de ce témoignage. Des clichés projetés sur le mur brut du théâtre rappellent l’environnement rude et implacable du camp. Cette visualisation accompagne le récit en ne ménageant pas l’indicible horreur de ce camp où périrent 1,1 millions de personnes dont 960.000 juifs.

Dans ces moments où la folie des uns percute la douceur de vivre des autres, il est salutaire de rappeler les méfaits des théocraties et de leurs conséquences néfastes pour leur peuple. Un rappel des plus salutaires.

Laurent Schteiner

« Si c’est un homme » de Primo Levi

Adaptation et mise en scène de Gilbert Ponté

avec  Gilbert Ponté

  •  
  • © Antoine Le Gallo

Théâtre de l’ESsaïon
6 rue Pierre-au-lard
75004
loc  01 42 78 46 42
www.essaion-theatre.com

jusqu’au 1er avril 2026 les mardis et mercredis à 19h

Share This