Théâtre : « Les nuits blanches » de Fiodor Dostoïevski
Par une douce nuit pétersbourgeoise, un homme aux allures empruntées rencontre à un arrêt de bus une jeune femme, nommée Nastienka. Tous deux ont façonné un monde intérieur fait de solitude et de rêves. Ses rêves à lui, il les vit la nuit où son imagination et ses fantasmes le remplissent de bonheur. Ces évasions nocturnes viennent en contrepoint d’une réalité triste et sinistre. Il se présente comme l’architecte de ses rêves. Son comportement quelque peu dissociatif le rend malhabile au contact de l’altérité en exacerbant sa grande sensibilité. Au contact avec la réalité, il est devenu au fil du temps un fin observateur des détails qui fourmillent dans sa ville. Sensible aux bruissements de St Pétersbourg, il sent soudainement que celle-ci lui devient soudainement étrangère. Après un séjour à la campagne, il se retrouve sur ce quai, errant et désabusé. Son ressenti exprime-t-il un changement opéré par le destin ? Sa rencontre avec Nastienka est porteuse d’un espoir où sa réalité peut se muer en un renversement de valeurs. Le rêve devient réalité. Nastienka est jeune fille orpheline élevée par sa grand-mère. Au fil du temps, elle a développé un sentiment d’affranchissement augurant son désir de liberté. Désespérément seule, elle s’ouvre à ce nouveau confident en lui dévoilant sa vie. De cette solitude infinie, elle en extirpe une lumière, celle de sa rencontre avec un inconnu, un jeune locataire qui avait occupé une chambre louée par sa grand-mère. Son nouveau confident est sous le charme, développant un amour irraisonné qui le dépasse. Peut-il changer le cours d’un destin versatile en obérant une éventuelle désillusion sentimentale ?
Ce récit, écrit dans un style qui rappelle celui de Nicolas Gogol, est drôle et émouvant, empreint de réactions maladroites et d’incompréhensions. La fragilité des personnages nous touche en plein coeur. L’inesthétisme de cet arrêt de bus sinistre et blafard dans sa composition, rappelant l’URSS des années 60, contraste avec la beauté poignante de cette rencontre sentimentale. La musique de Rachmaninov, interprétée par Olivier Mazal, se prête fort bien au propos de l’histoire. Laura Chétrit et Ronan Rivière animent avec finesse et sensibilité cette tendre fable. Adaptant avec bonheur les auteurs russes (Gogol, Dostoïevski, Boulgakov), Ronan Rivière est devenu incontournable, au fil du temps, tant dans la mise en scène que dans l’interprétation de ces Å“uvres éternelles.
Laurent Schteiner.
« Les nuits blanches » de Fiodor Dostoïevski
Adaptation et mise en scène de Ronan Rivière
avec Laura Chetrit et Ronan Rivière
- Piano : Olivier Mazal
- Musique : Sergueï Rachmaninov
- Décor : Antoine MilianÂ
- Lumières : Sébastien Husson
- Costumes : Corinne Rossi
- © Pascal Gély
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