Théâtre : « L’entremondes ou le lac de l’oubli » de Charles Van De Vyver

par | 26 Fév 2026

Le Théâtre de la Reine Blanche nous propose actuellement un spectacle pétri de sensibilité, L’entremondes de Charles Van De Vyver. Hormis une belle direction d’acteurs, il nous transporte dans le temps, avec une habileté remarquable, sans que le spectateur ne s’en aperçoive le moins du monde. Ce spectacle percutant et profond sera à l’affiche du Festival d’Avignon prochain.

Lors de la succession Chevalier, deux frères et leur mère se retrouvent face à un notaire qui leur révèle que leur père leur a cédé la moitié des parts de la société à chacun. Une tension se fait jour au sein de cette fratrie. L’aîné, Antoine, travaillant déjà au sein de l’entreprise, se voit prendre la place de leur défunt père. Pour ce faire, il a besoin du renoncement de son frère cadet, Thomas, comédien de son état,  peu intéressé par cet apport pécuniaire inattendu. Cette situation plausible s’écroule soudainement pour l’aîné face aux hésitations de son frère. Ce dernier exhale un sentiment d’embarras, de gêne à recevoir un tel dû. Puis soudainement le réel s’efface et le passé ressurgit habilement. Les deux frères adolescents, fans de manga, passent le plus clair de leur temps à se battre, en endossant les personnages de leurs mangas favoris. Entre disputes et chamailleries, leurs relations mettent à jour l’ascendant de l’aîné rejetant son frères dans les jupes de leur mère. Puis le passé se dissout pour laisser la place à un présent nourri de ses traumatismes. La séparation de leurs parents a constitué un choc tel qu’elle continue de se diffuser encore maintenant par capillarité. Ce père, autoritaire et sévère, le plus souvent absent est devenu un fardeau émotionnel pesant. De facto, dans un temps suspendu qui ressemble à un entre-deux, un entremondes où le renoncement de l’un à accepter l’héritage d’un père qui l’a le plus souvent maltraité, fait montre d’une force de caractère inattendue. Son frère Antoine, davantage opportuniste, était tout autant écrasé par ce père quelque peu castrateur. Cet entremondes permet d’ajuster les horloges et de tuer définitivement le père. Si Å’dipe se manifeste tel un clin d’oeil, il n’est pas le point d’orgue d’un ressassement néfaste mais au contraire celui d’une libération salutaire.

Venez découvrir cette histoire pleine de sensibilité et interprétée de belle manière par ces 4 formidables comédiens. L’entremondes est ce parfum qui émane du passé, sur lequel il est possible de se pencher afin de rendre légitime et fluide un avenir serein. Nos passages respectifs dans notre entremondes constitue le symbole de notre maturité et de notre positionnement existentiel.

Laurent Schteiner.

« L’entremondes ou le lac de l’oubli » de Charles Van De Vyver

Mise en scène de Charles Van de Vyver

avec Camille Lockhart, Eugène Marcuse, Félix Martinez et Charles Van De Vyver

  • Conseil en dramaturgie Marie Thiebault
  • Création lumières Noméie Rade
  • Scénographie Charles Van De Vyver
  • Costumes Zoé Lenglare
  • Photo : © Nicolas Blandin

Théâtre de la Reine Blanche 
2, bis passage Ruelle
750018 Paris
Renseignements et réservations au  01 40 05 06 96
www.reineblanche.com

Samedi 28 février, mardi 3 mars, jeudi 5 mars et samedi 7 mars
 

 

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