Théâtre : « Le Colonel Barbaque » de Laurent Gaudé

par | 21 Mar 2026

La Folie Théâtre nous propose actuellement un superbe spectacle de Laurent Gaudé, Le Colonel Barbaque. Vincent Barraud a adapté et mis en scène avec brio ce texte à la fois universel et intime qui fait suite à son précédent ouvrage, Cris. A travers la grande histoire, Laurent Gaudé se plait à la conter par l’intime. Son talent de conteur nous permet de ressentir, avec tous nos sens, toute la fureur de la vie de Quentin Ripoll.  

Dans les brumes des tranchées de la Somme ou de Verdun, le froid glaçant implacable est le compagnon de route implacable des soldats dans cette grande guerre. La peur à chaque instant guette les pas de Quentin Ripoll. Soudain, le noir s’empare de lui, il est blessé. M’Bonsolo, un frère d’armes et tirailleur sénégalais, le transporte à l’infirmerie. Cet acte de bravoure lui sauvera la vie. Malheureusement M’Bonsolo succombera plus tard des suites de la grippe espagnole. Cet homme, géant et fort comme jamais, déraciné est mort terrassé pour l’avoir sauvé. Ce sacrifice ultime transformera à tout jamais Quentin. Une fois démobilisé, il sera un mort vivant. La guerre ne l’aura pas tué physiquement mais elle l’aura privé du goût de la vie. Présent mais absent, il erre dans cette vie qui fut la sienne autrefois. Puis dans un sursaut, il sent une urgence qui le dépasse le poussant à se rapprocher au plus près de la contrée de M’Bonsolo. A la façon d’un Rimbaud, il deviendra trafiquant d’armes. La guerre lui a fait disparaitre la notion du bien et du mal désormais étanche. En ces années d’après guerre, le continent africain est dominé par des puissances occidentales, dont la France. Ses nombreux comptoirs sont des points d’accroche pour elle. La colonisation se développe mais les révoltes s’organisent. Dans le feu de l’action, Quentin prend part pour les malheureux opprimés, ses nouveaux coreligionnaires. Une dette qu’il possède envers M’Bonsolo. De facto, il devient un paria. Plus rien ne l’arrête. On y voit comme un clin d’oeil fait à Joseph Conrad, « Au coeur des ténèbres ». Promu « Colonel Barbaque » par ses nouveaux compagnons de route, il use ses dernières forces jusqu’à la reddition de ces compagnons. C’est du fond d’une pirogue, au seuil de la mort qu’il contemple la vie qui se débat une dernière fois. Sa deuxième vie, il la doit à M’Bonsolo qui lui a fait renaitre de ses cendres. Grâce à lui, il a arrêté de subir sa vie pour être enfin…
La Camargue est non loin et il entrevoit la paix…enfin !

Le superbe texte de Laurent Gaudé nous transporte sur les rives du Niger où les lumières tamisées sur le fleuve Niger, le bruit et les odeurs nous sont suggérés. Nous  sommes au coeur de cette Afrique qui se bat contre l’oppression coloniale. La poésie du texte de Laurent Gaudé se marie naturellement avec la cruauté des évènements, des personnages et des lieux. Tel un griot, Vincent Barraud, du fond de son hamac ou pirogue, nous narre cette vie cabossée, entrecoupée de morceaux d’harmonica. Ces transitions installent cette atmosphère nostalgique permettant à l’imagination du spectateur de vagabonder. On assiste à une page d’histoire où le fracas du siècle s’éloigne de l’Europe pour se fixer en Afrique. Vincent Barraud accomplit une performance merveilleuse dans cette narration pleine de couleurs, de sons et de fureur. Un voyage au long cours qui se déguste !

Laurent Schteiner

« Le Colonel Barbaque » de Laurent Gaudé

Mise en scène de Vincent Barraud et Joel Lokossou

avec Vincent Barraud

  • lumières Charly Tricot
  • Crédit photo :   

A la Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Renseignements et réservations au  01 43 55 14 80
www.folietheatre.com

Du vendredi 13 mars au samedi 6 juin 2026
Vendredi et samedi à 19h30

Share This