Festival OFF Avignon : « Prison centrale » de Aymeri Suarez-Pazos

par | 8 Juil 2026

Le Théâtre 3T – 10e avenue nous présente le 2e volet d’un triptyque de Aymeri Suarez-Pazos, Prison centrale, et maintenant, je sors demain. Ce seul en scène dans la lignée du premier opus, Prison, tient toutes ses promesses à tous niveaux. Le texte intense, fouillé, précis, syncopé illumine l’interprétation magistrale d’Aymeri Suarez-Pazos. Ce voyage carcéral se poursuit avec la certitude de sortir très prochainement. Mais les choses sont-elles aussi simples à vivre ? Comment sort-on d’un enfermement ? En sort-on vraiment ?

La rage au ventre, il sait qu’il va être libéré après avoir purgé une peine de 14 ans de réclusion criminelle. Incarcéré mineur, Il n’a dû son salut qu’à sa seule rage de survivre. Une rage qui l’a protégé de ses codétenus où les viols et les brimades sont légions. Il nous décrit cette vie de taupe où la corruption des gardiens est patente. Tout un système de vie souterraine est en place. Une vie parallèle nécessite des amitiés. Solo est son ami. Un ami cher qu’il défend car plus faible que lui. Et puis, tout ce courrier qu’il reçoit, des missives dont il ne comprend l’existence. Des lettres de femmes pour la plupart. Il y a voit une sorte voyeurisme. Il les brûlera toutes. A côté de la rage et de la colère qui constituent sa cuirasse, il lui est nécessaire de créer un monde imaginaire, seule possibilité d’évasion. Sa curiosité du verbe l’amène à voyager dans les dictionnaires, à apprendre des mots qui constituent une histoire à eux seuls. Tout un monde s’ouvre à ses yeux ébahis. Dans un monde vide de tout, la religion apparait prête à séduire et à initier. Une nouvelle soumission, un nouvel enfermement qu’il rejette avec force. Sortir n’est pas évident. On n’en ressort pas indemne. Une floppée de souvenirs, mêlés de sang et de larmes mais aussi composés de souffrances et d’amitiés, tient lieu de baluchon pour sa sortie. Avec un espoir, une lueur…  Albertine.qui sait ?

Outre la performance de Aymeri Suarez-Pazos, le  texte, brillamment écrit traduit à lui seul, le rythme effréné de la pièce. Un style dense, syncopé, fouillé, précis traduit à merveille l’environnement carcéral. Le verbe haché passe d’un thème à l’autre avec un travail corporel en rapport traduisant une violence salutaire qui le maintient à flot. Tournant et virevoltant dans l’espace dont il dispose malgré l’exigüité de sa cellule, son personnage joint le geste à la parole. Ce seul en scène remarquable est à découvrir d’urgence !

Laurent Schteiner

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« Prison centrale – maintenant je sors demain » de Aymeri Suarez-Pazos

Mise en scène de Aymeri Suarez-Pazos

Avec Aymeri Suarez-Pazos

Les textes Prison et Prison centrale sont édités chez L’Harmattan 

Théâtre des 3T – 10e avenue
Jusqu’au 25 juillet à 10h

 

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