Théâtre : « Soleil déréglé » de Elie Salleron
En avant-première au Festival d’Avignon, il nous a été donné d’assister à la représentation du spectacle d’Elie Salleron, Soleil déréglé. Ce spectacle aux allures de farce s’apparente à un voyage dans un pays fragmenté à la recherche de sa boussole. Un spectacle, mis en scène par Caroline Marcos, totalement « foutraque » qui ravira le public comme il nous a séduit.
Conçu comme une matrice à plusieurs entrées, ce spectacle gagne par l’embrouillamini des situations loufoques. Dans une société dominée par la science et donc la raison, la vérité coule à flots. Mais dans une société fracturée, la vérité devient une » réalité objective », un joyeux pléonasme pour indiquer que la vérité se trouve partout et nulle part. Chacun la détient et la veut partager à tous. Il est difficile dans ces conditions de trouver où se situe le curseur de la sacro sainte vérité. Existe-t-elle seulement ?
Casimir Lemoine, chômeur et alcoolique, est visité par le présentateur du 20h de TF1 qui lui annonce qu’un super calculateur l’a désigné comme le prochain président de la République. Quelques heures plus tard, il se réveille à l’hôpital, des soignants diagnostiquent son délire. Une dispute éclate et l’hôpital est incendié. Casimir s’échappe et fonce vers Paris, au hasard. Le bonhomme est-il fou? Cette ambiguïté est le point de départ d’un périple déglingué et jeanne-d’arcquien, guidé par les rayons de la démence, de la toute-puissance algorithmique et du formidable élan de la catastrophe nationale.
A la façon de la série Breaking bad, Casimir Lemoine se débat, entre délire et réalité, dans un monde qui se dérobe sous ses pieds. Où se situe la folie ? Et si Casimir Lemoine était en possession de tous ses moyens ? On assisterait à une inversion des valeurs. De là à penser que notre société nous trahit en nous manipulant, il n’y a qu’un pas. Par cette manipulation en optant pour une technologie de l’IA, Elie Salleron nous démontre l’inanité d’un monde devenu hostile et froid. Egratignant le monde de la culture, toujours un peu antisémite sur les bords (une constante !), l’auteur déroule le fil des auditions comme une gabegie continue. Le point culminant consiste à un homme ordinaire de devenir Président de la République. Un pied de nez aux hommes politiques qui ont réussi le tour de force d’abaisser la fonction présidentielle.
Ce spectacle se vit comme une farce à tiroirs où l’on puise ce que l’on veut et que l’on interprète à sa guise. Son aspect dynamique est transcendé par des comédiens magnifiques qui se dépensent sans compter pour faire de ce récit un feu d’artifice joyeux et cocace.
Laurent Schteiner
 « Soleil déréglé » de Elie Salleron
Mise en scène de Caroline Marcos
Avec Frederic Jessua, Nadhir El Arabi, Grégoire Isvarine, Camille Ludig, Caroline Marcos et Charles Van de Vyver
- collaboration artistique Andrea El Azan
- Création lumière Noémie Rade
- Création sonore Etienne Glenat
- Régie générale Vincent Thépaut
- Crédit Photo : Etienne Glénat
Au Festival d’Avignon 2026 à la Factory à 21H50