Théâtre : « Romance » de Catherine Benhamou

par | 2 Juil 2022

Les Déchargeurs nous ont récemment proposé Romance de Catherine Benhamou. Ce seule en scène, joliment interprété par Marion Solange-Malenfant, nous a présenté sans fards une société où une certaine jeunesse quelque peu désœuvrée  a vu ses repères brouillés pour se confondre dans une spirale de radicalisation. Ce paradigme mortifère, s’il est désormais bien connu, nous est proposé sous forme de témoignages interrogeant la place des femmes dans notre société. 

L’absence de scénographie est compensée par un jeu de lumières fractales découpant le corps de la femme en morceaux. Car l’enjeu de cette pièce est davantage concentré sur la place des femmes dans notre société, et plus particulièrement dans les cités où vivent des familles défavorisées. Ces cités  ghettos interpellent par les lois implicites qui se font jour issues de traditions et de croyances religieuses. Le désœuvrement et l’absence d’un avenir concret poussent certains jeunes et notamment des jeunes filles à rêver à une existence pleine et entière. La vacuité qui les pousse vers une reconnaissance totale et sociétale les entrainent sur le chemin dangereux d’une radicalité qui, tapie dans l’ombre, attend son heure avec patience. Le parcours de Jasmine, racontée par son amie Imène, est devenu désormais banal répondant toujours au schéma classique d’enrôlement et de radicalisation.

Ce monologue composé de témoignages d’Imène décrit de l’extérieur une situation décontextualisée où se mélange pêle-mêle la banalité de la vie de Jasmine, ses espoirs et ses rêves empêtrés dans un avenir bouché d’autant qu’il est nécessaire de répondre à une certaine obédience de mise dans la cité. Etre invisible pour exister devient le paradoxe majeur et insupportable de Jasmine. La proposition nauséabonde et mortelle de ces pourvoyeurs et recruteurs de la mort s’adressant à de jeunes êtres fragiles par essence témoigne d’une lâcheté manifeste .Un coup d’éclat lui permettrait d’exister à travers le regard masculin de son recruteur fallacieusement amoureux d’elle.

La mise en scène de Laurent Maindon marie avec brio les différentes variétés de témoignages et de narration. Les changements de lumière créent les conditions d’une dramaturgie étouffante où Marion Solange-Malenfant, alias Imène, chemine tranquillement sans stigmates et dépourvu de réalisme. Les images glissent tout en laissant une impression vivace. Saluons la performance de Marion Solange-Malenfant qui enlève le propos de cette pièce avec intelligence et talent.

Laurent Schteiner

 

 

Romance de Catherine Benhamou
Mise de scène Laurent Maindon

avec Marion Solange-Malenfant

  • Scénographie et création lumière : Jean-Marc Pinault
  • Régie son : Jérémie Morizeau
  • Costumes : Tiphaine Pottier
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