En aparté : Théo Askolovitch

par | 31 Déc 2022

A travers vos différents spectacles, 66 jours et Zoé, vous avez mis en scène les traumatismes qui ont bouleversé votre vie. 66 jours relatait votre cancer qui vous a frappé en 2018 et Zoé faisait état du deuil de votre mère alors que vous n’aviez que 14 ans. Comment vous est venue l’idée de mettre en scène cette part d’intime ?
Théo Askolovitch_
Très honnêtement, un peu par hasard. J’ai commencé à écrire 66 jours qui était mon premier texte pendant le confinement. je ressentais des similitudes entre l’enfermement et l’hôpital. Je me suis alors posé la question comment on pouvait écrire des choses difficiles sur scène. Quant à Zoé, le livre sur ma mère représente une envie d’en parler depuis mon enfance. Je ne savais pas trop comment. Je l’ai écris plus lentement que 66 jours. Il fallait que je trouve un axe pour Zoé. Mais pourquoi parler de l’intime ? J’aime bien les artistes qui se livrent sans tricher. J’ai eu peur qu’en écrivant sur moi, cela n’intéresse pas le public. La manière d’écrire le plus universellement possible est d’écrire sans tricher. Je me suis dit que cela pouvait être au contraire intéressant. Et peut-être qu’il s’agit aussi d’une thérapie…

Qu’avez-vous appris sur vous ?
T.A._
Il y a peut-être plein de choses qui ne sont pas réglées. C’est peut-être cela la vie. Je me suis aperçu que j’avais grandi.

Comment votre père et votre sœur ont réagi à ces différents projets ?
T.A._ Plutôt bien. Il y avait beaucoup d’émotion évidemment. J’avais davantage peur sur Zoé que sur 66 jours car je parle beaucoup d’eux . Je volais un peu leurs mots. Mon père écrit. Il a écrit sur nous, sans trop  nous demander notre permission ni sans changer nos prénoms. Il n’y avait pas de théâtralité dedans. c’était quelque chose qui était permis dans ma famille. C’est pourquoi je m’en suis affranchi. Ma sœur est avocate. Elle subit toutes nos dérives (rires). Elle est fière de nous, de mes spectacles.

Quel a été le retour du public sur ces 2 pièces ?
T.A._ Je suis encore surpris car cela a été fou. Pour l’instant Zoé est à l’état de maquette. Il y a eu beaucoup de bienveillance.

Vous mêlez avec originalité et décalage votre part de judéité dans votre spectacle Zoé en usant de humour juif consistant là se moquer à de soi. Serait-ce là un parti pris de l’utiliser dans le spectacle ?
T.A._ J’ai tenté plein de choses. L’aspect judaïque qui en ressort n’est pas quelque chose de voulu pour moi. Et c’est en lisant le texte aux comédiens que ceux-ci me l’ont dit. Ensuite, je m’en suis aperçu également.

Dans Zoé, le personnage principal est votre mère, ce personnage absent et paradoxalement très présent. Que ressentez-vous à chaque fois que vous jouez cette pièce ?
T.A._ Cela est arrivé deux fois et j’étais très ému. Surtout la première. Après, quand je joue, j’essaye d’oublier que je suis auteur et metteur en scène. Je prends le texte comme il est en prenant de la distance. Le fait que je sois artisan du spectacle prend le pas sur le reste. Je suis très concentré sur l’histoire, les propos et sur la théâtralité un peu comme si ce texte pourrait ne pas être le mien.

On vous a vu récemment dans Dom Juan. Vous incarniez un Sganarelle facétieux et décalé sous la direction de Tigran Mekhitarian, comment êtes-vous rentré dans ce projet ?
T.A._ Tigran Mekhitarian est un de mes meilleurs amis. On a beaucoup travaillé ensemble. On joue respectivement dans nos mises en scène. Tigran aime bien Molière. On avait besoin d’un créneau pour Avignon. On ne savait pas quoi monter. Je lui ai proposé Dom Juan. On cherchait une pièce facile à monter pour 4 comédiens, assez vendable pour tourner assez vite.

Mettre des œuvres classiques à la portée de la jeunesse, est-ce là une piste envisagée pour attirer la jeunesse au théâtre ?
T.A._
Nous ne sommes pas obligés de prendre des classiques et les revisiter. Pour 66 jours et Zoé qui sont des textes contemporains, j’arrive à avoir des jeunes dans la salle qui ne vont jamais au théâtre. C’est juste la manière de leur parler qui est importante. Le fait qu’ils s’y retrouvent. 

Vous avez une petite anecdote à nous raconter ?
T.A._On devait prendre un train pour aller en tournée pour Dom Juan, Je rate mon train. Je suis dégouté. Puis 10 minutes ensuite, je vois un comédien qui lui aussi, vient de rater son train. Puis vient le tour de Tigran et de toute l’équipe. C’était rassurant de pas être le seul (rires).

Vos projets ?
T.A._Je finis la création de Zoé en octobre prochain. Je suis en train d’écrire sur l’audiovisuel. Je vais jouer 66 jours le dimanche soir au théâtre des Béliers. Je vais commencer une création pour Soniac et Ombretto qui se jouera en septembre au Théâtre Ouvert.

Propos recueillis par Laurent Schteiner

 

 

 

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